Discours de l’Ambassadeur de France à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie

Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, et les Représentants d’organisations internationales,
Mesdames et Messieurs ,
Chers amis,

Aujourd’hui 20 mars nous célébrons à travers le monde la Francophonie.

La Francophonie est la seule institution internationale qui se définit par une langue. C’est près de 200 millions de francophones, 68 pays (dont 13 pays observateurs) et 711 millions d’habitants, répartis sur l’ensemble des continents.

C’est une organisation dont l’évolution traduit une volonté d’adaptation aux réalités et aux défis de la société internationale contemporaine.

Je voudrais en retracer rapidement les étapes.

« Le mot » Francophonie apparaît à la fin du 19ème siècle sous la plume d’un géographe, Onasime Reclus. Jusqu’à la dernière guerre mondiale, un mouvement associatif se développe autour de l’idée et du rayonnement de la langue et de la culture françaises. L’importance de l’activité des associations est aujourd’hui encore une caractéristique de la Francophonie, qui accorde une place et un rôle centraux à la société civile.

Après la deuxième guerre mondiale, le mouvement prend une ampleur nouvelle, sous l’action notamment d’Africains et de Canadiens français. C’est en 1960 que les Présidents Senghor, Diori, Bourguiba et Sihanouk proposent la constitution d’une communauté francophone.

En 1997, l’Egyptien Boutros Boutros Ghali est nommé Premier Secrétaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie et les chefs d’Etats adoptent définitivement « la charte de la Francophonie ». En 1998, l’ONU reconnaît l’OIF comme observateur.

En 2002, au 9ème Sommet, Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal, est élu Secrétaire Général de la Francophonie.

En 2006, au 11ème Sommet à Bucarest, les discussions sur le Darfour, la Côte d’Ivoire, le Liban, et l’immigration confirment la dimension politique du mouvement. La Francophonie prend désormais une part déterminante aux efforts de paix, particulièrement en Afrique, par les médiations qu’elle engage, par les missions qu’elle dépêche, seule ou avec d’autres organisations. Elle apporte aujourd’hui un appui technique aux efforts de reconstruction, sur la base d’engagements fermes souscrits par ses membres dans la déclaration de Bamako sur la pratique de la démocratie, des droits et des libertés.

La Francophonie défend aussi la diversité culturelle. Celle-ci est un enjeu politique majeur de la mondialisation. Si chacun veut bien participer à un monde ouvert, c’est à condition de conserver ses racines. Pas de mondialisation sans respect des identités, au premier rang desquelles les aires linguistiques et les cultures qui traversent les continents, les pays riches, les pays pauvres du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

La francophonie a été à l’origine de l’élaboration de la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Sa mobilisation a été décisive, démontrant ainsi qu’elle constitue dans les instances multilatérales une force de proposition, un forum de concertation propre à transcender les clivages nord/sud.

La journée internationale de la Francophonie que nous célébrons ce soir est placée sous le thème « vivre ensemble différents ». Comme le rappelle M . Abdou Diouf, « la langue française que nous avons en partage est à la fois une et plurielle parce qu’elle appartient à tous les francophones, parce que les francophones la fécondent aux accents de leur propre langue et de leur propre culture. Etre francophone, c’est d’abord un amour partagé de la langue française. Celle-ci appartient à ceux qui ont choisi de l’apprendre, de l’utiliser, de la féconder à l’accent de leurs cultures, de leurs imaginaires, de leurs talents. Etre francophone, c’est vouloir construire ensemble ce beau dessein d’assumer l’intégralité de l’humain jusque dans ses divergences, de favoriser le besoin d ‘ouverture et d’enracinement de l’individu, de conjuguer harmonieusement aspiration à l’universel et diversité des peuples . La langue française est sans frontière ».

C’est pourquoi, je voudrais conclure par une citation de l’écrivain sénégalaise Ken Bul, qui résume l’humanisme de la francophonie : « habiter la langue française ne m’a jamais posé problème. Petite, je faisais déjà de la musique africaine avec des voyelles et des consonnes ! Je trouvais que la langue française portait en elle cette sonorité propre à ma culture. La langue française ne m’habite donc pas, c’est moi qui l’habite puisque je la domine et en fais ce que je veux… D’ailleurs quand j’écris, je ne pense pas à la langue du Français, je pense à ma propre langue française. Mon identité m’échappe, je suis dans l’univers de l’écriture, je ne me positionne ni géographiquement, ni culturellement. Cela vient après. Quand je repense à mon texte, je me rends compte que j’ai été influencée presque inconsciemment pas mes origines ».

Je viens de citer une sénégalaise. Mais il y a également de talentueux écrivains guinéens que j’aurais pu nommer ce soir. Sachez que la revue « Riveneuve continents », qui est soutenue par l’OIF, va leur consacrer un numéro spécial, ce qui est une preuve de la vitalité de l’écriture en Guinée. Je salue ici le directeur de la revue, Alain SANCERNI, qui est venu spécialement à Conakry pour préparer le numéro spécial.

Je vous remercie.

Dernière modification : 16/05/2008

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