Discours de Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargé du développement et de la Francophonie, devant la communauté française (Ouagadougou, le 26/04/2015)

Le climat, c’est notre grand défi, le grand défi de la France, mais aussi de tous ceux qui veulent agir pour un monde plus responsable. En décembre, la France accueillera, à Paris, la 21e conférence sur le changement climatique. Ce sera la plus grande réunion internationale jamais organisée en France. Nous attendons 40.000 participants, de tous les pays du monde. Nous voulons parvenir à un accord de Paris, universel, juste, équitable et surtout ambitieux. Notre ambition, c’est limiter le réchauffement climatique à deux degrés, et ainsi éviter des conséquences irréversibles.
Car ces effets, ce sont d’abord les plus pauvres qui en font les frais. Au Burkina, comme dans l’ensemble des pays des sahels, les enjeux sont déjà très concrets : un climat qui change, c’est de l’insécurité alimentaire en plus. Un climat qui change, c’est des problèmes d’eau plus aigus. Et la pauvreté, c’est souvent le lit des conflits, des violences dans une région, le Sahel, qui n’a aujourd’hui pas besoin qu’on lui rajouter une crise climatique, alors qu’elle se bat déjà, quotidiennement pour le développement, la paix et la sécurité.
D’après les données que j’ai pu consulter, au cours du siècle écoulé, les pluies se sont réduites de 20% à Ouagadougou. Impossible de dire que le changement climatique est la cause unique de ce phénomène, mais ce que prédisent les scientifiques, c’est que si nous ne faisons rien, cela risque d’être pire dans le siècle à venir.
Ces sujets, ils sont totalement connectés aux enjeux de développement et de lutte contre la pauvreté, dans un pays principalement agricole, où une grande partie du revenu des populations vient de l’agriculture et de l’élevage. Le changement climatique est une machine à produire de la pauvreté, si nous ne faisons rien.
C’est pour cela que notre objectif, à Paris, et plus généralement en 2015, ce doit être « zéro carbone et zéro pauvreté ». Car si les pays les plus pauvres sont les plus touchés, nous ne pouvons pas leur demander d’agir si nous ne prenons pas en compte les besoins de développement. Or les solutions existent. J’ai lu avec beaucoup d’attention un article dans Libération la semaine dernière, qui décrivait dans le détail les stratégie d’adaptation des paysans du Burkina, qui construisent des murets pour retenir l’eau, protéger les culture, et augmenter les rendements. J’ai visité aussi des projets de terrain sur les foyers améliorés qui montrent que nous savons répondre en même temps au défi du développement, de la préservation des ressources - ici le bois - et de la santé des femmes, qui sont les premières victimes, avec les enfants, de l’utilisation de foyers à mauvaise combustion.
Limiter le réchauffement climatique est donc l’affaire de tous. Et c’est pour cela que je suis aujourd’hui au Burkina Faso. Et chacun doit agir, à son niveau, pour limiter ces dérèglements : chaque État va donc définir sa contribution nationale, c’est-à-dire son propre modèle pour arriver à « zéro carbone et zéro pauvreté. Je veux saluer ici l’engagement des pays africains, car au fond, ce sont eux qui ont le moins pollués, et pourtant aujourd’hui, ils prennent toute leur responsabilité, en s’engageant, bien sûr à la hauteur de leurs moyens comme les autres pays, la Chine, les États-Unis pour la préservation de la planète.
Il ne s’agit pas de freiner le développement du pays, qui enregistre ces dernières années un taux de croissance encourageant pour diminuer la pauvreté. Mais il s’agit au contraire de profiter des opportunités offertes par l’économie verte, les énergies renouvelables permettent aussi de faire reculer la pauvreté et de créer des emplois. Nous voulons que d’ici 2020, 100 milliards de dollars soient mobilisés, chaque année, pour aider les pays en développement à devenir des économies vertes, sans carbone et sans pauvreté. L’Afrique fait partie de la solution, et l’Afrique a ses solutions pour un développement durable et respectueux de l’environnement. C’est ce que je suis venu dire, c’est ce que je suis venu voir.

Dernière modification : 28/04/2015

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