Cannes favorise l’envol de la création

Actualité en France N° 23

Le Festival de Cannes a ouvert ses portes aux stars du monde entier, attendues sur la Croisette pour le rendez-vous mondain, professionnel et international du cinéma. Mais l’évènement, contrairement aux idées reçues, n’est pas que le sommet du glamour. Tandis que les producteurs en profitent pour signer des contrats, Cannes, via sa fondation, chouchoute ses jeunes talents.

JPEGA l’aube du troisième millénaire, le Festival de Cannes, habitué à accueillir les plus grandes personnalités du monde cinématographique, se décide à renforcer son soutien envers la jeune création internationale. La Cinéfondation, structure du Festival qui se chargeait déjà de la sélection de courts métrages, est chargée de développer, depuis 2000, la Résidence. Présidée par Gilles Jacob (également président du Festival du film), cette organisation accueille deux fois par an, des cinéastes en provenance des sept continents. Elle leur permet de se consacrer entièrement, pendant quatre mois et demi, à l’écriture de leur projet de long métrage et leur apporte de nombreuses aides et encouragements.

Pour devenir résident, les réalisateurs-candidats doivent avoir signé un ou plusieurs courts métrages, voire un premier long métrage, et travailler sur un projet de long métrage de fiction qu’ils compléteront lors de leur séjour. Chaque dossier de candidature, déposé pour l’une des deux sessions annuelles, est étudié par un premier jury qui présélectionne jusqu’à douze candidats. Ces derniers sont ensuite auditionnés à Paris, devant un jury final qui retiendra les six élus.

Située au cœur de Paris, cette Résidence sert d’hébergement mais également de lieu de rencontres. Pendant leur séjour, les cinéastes sont accompagnés dans le développement et le passage à la production de leur scénario. Un programme individuel est mis en place par la Cinéfondation : des rendez-vous périodiques avec des professionnels sont organisés pour chacun des résidents, notamment lors d’autres grandes manifestations cinématographiques internationales telles que le Festival de Locarno ou celui de Cannes. Des rencontres collectives avec des réalisateurs confirmés, des professionnels, des représentants des institutions du cinéma… sont de surcroît mises en place pour l’ensemble des résidents. D’importants représentants du secteur privé soutiennent cette organisation en offrant notamment à chaque réalisateur une heure de rushes de pellicule de prise de vue, à valoir sur son prochain long métrage. Un groupe d’assurance français également partenaire, distingue chaque année le meilleur scénario des deux dernières sessions et lui remet le prix Opening Shot d’une valeur de 20 000 euros.

La 16e session de la Résidence accueille actuellement et jusqu’au 15 juillet 2008, l’Irlandaise Rebecca Daly, l’Allemand Nikias Chryssos, le roumain Adiran Sitaru, l’Uruguayen Manuel Nieto Zas, le Chinois Yang Heng et le Mexicain Francisco Vargas. Depuis sa création, 90 cinéastes ont ainsi été soutenus et plus d’une cinquantaine de films ont finalement abouti. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs été remarqués dans de grands festivals. Ainsi l’année dernière, Caramel film de la Libanaise Nadine Labaki, était ainsi présenté à Cannes par l’ancienne résidente.

Fort de ce succès, le Festival de Cannes se lance, en 2005, dans une nouvelle étape de son action en faveur de la création. La Cinéfondation crée cette fois l’Atelier. Cette structure permet aux cinéastes sélectionnés d’être invités pendant toute la durée du Festival de Cannes et de profiter, grâce à un accompagnement spécifique, de la présence sur la Croisette de l’ensemble des professionnels. Là encore, l’organisation favorise la rencontre des cinéastes avec des producteurs, des distributeurs et des financiers internationaux. Il s’agit cette fois de favoriser le financement du film et non sa complète élaboration. Contrairement à la Résidence, les cinéastes ne peuvent faire acte de candidature pour y participer. En effet, les projets présentés à l’Atelier sont le fruit d’une prospection menée toute l’année durant par la Cinéfondation auprès de nombreux interlocuteurs internationaux. Les projets retenus doivent être portés par un réalisateur ayant déjà au moins un long métrage à son actif, ils doivent être liés à un producteur et avoir un début de financement et une date de tournage. L’organisation de l’Atelier retient une quinzaine de scénarios qu’elle met notamment en avant dans un livre édité chaque année au moment du Festival. Destinés notamment aux producteurs, ce Livre des projets les présente en détail. La Cinéfondation a également la charge d’organiser pour chacun d’entre eux un calendrier de rendez-vous pendant la quinzaine festivalière afin de favoriser le financement du film en projet. Cette année le cinéaste Chinois Lou Ye est notamment retenu pour son projet Bitch.

Ainsi entre la Résidence et l’Atelier, Cannes contribue à assurer la continuité d’une certaine idée du cinéma en encourageant le développement ou la naissance de grands cinéastes en devenir. D’ailleurs, preuve du succès de ces entreprises, cette année sont présentés dans une des compétitions parallèles du Festival, De la guerre, du Français Bertrand Bonello, Liverpool de l’Argentin Lisandro Alonso, deux projets passés par l’Atelier. Lucretia Martel, cinéaste argentine aujourd’hui reconnue partout dans le monde, a quant à elle bénéficié du statut de résident, tout comme le Hongrois Kornel Mundrczo. Tous deux défendent aujourd’hui leur film en compétition et sont attendus sur les marches rouges, aux côtés, par exemple, de Clint Eastwood !

Anne-Laure Bell

Dernière modification : 23/05/2008

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